Savanes, Togo : le maïs à 250 FCFA le bol de 2,5kg au début de la récolte. Très compliqué !!!

Savanes, Togo : le maïs à 250 FCFA le bol de 2,5kg au début de la récolte. Très compliqué !!!

Le maïs constitue l’une des principales cultures vivrières au Togo, en particulier dans la région des Savanes, située au nord du pays. Aliment de base pour des millions de familles, il représente également une source de revenus importante pour les petits producteurs agricoles. Pourtant, à l’entame de la campagne de récolte 2025, le prix du maïs s’établit à 250 FCFA pour un bol de 2,5 Kg, soit une valeur jugée très faible par rapport aux efforts consentis par les producteurs. Cette situation soulève des inquiétudes sur la rentabilité agricole, le pouvoir d’achat des ménages ruraux et la durabilité de la production céréalière dans cette région.

Contexte de la campagne agricole 2025 dans la région des Savanes

La campagne agricole 2025 a été marquée par une disponibilité limitée des intrants et une hausse généralisée des coûts de production. Le sac de 50 kg d’engrais (NPK et Urée), indispensable pour améliorer le rendement du maïs, s’est vendu à 18 000 FCFA durant toute la campagne. À cela s’ajoute un coût de 100 FCFA par sac pour la sortie du magasin, une dépense additionnelle souvent négligée.

Dans ces conditions, les agriculteurs ont dû supporter des charges élevées pour assurer la fertilisation et l’entretien de leurs champs. Or, au moment de la commercialisation, la valeur marchande du maïs semble très peu rémunératrice.

Analyse du prix du maïs au début des récoltes

Le fait marquant en ce début de récoltes est l’uniformité des prix du maïs dans la région des Savanes. Que ce soit à Dapaong, Tandjouaré, Cinkassé ou Mandouri, le bol de 2,5 Kg de maïs est vendu à 250 FCFA en moyenne.

À première vue, cette stabilité peut être interprétée comme un signe positif du marché. Mais en réalité, ce prix révèle une pression à la baisse sur la valeur de la production agricole. En comparant ce montant avec les coûts de production, il apparaît clairement que les producteurs vendent à perte ou, dans le meilleur des cas, sans réaliser de bénéfices significatifs.

Le prix actuel ne prend pas en compte :

  • Les intrants (engrais, semences, pesticides) ;
  • La main-d’œuvre (familiale ou salariée) ;
  • Le transport et le stockage ;
  • Les imprévus liés aux aléas climatiques.

Ainsi, le maïs vendu à 250 FCFA le bol traduit une désarticulation entre l’investissement consenti par le producteur et le revenu final perçu.

Impact économique et social pour les producteurs agricoles

L’un des effets immédiats de cette situation est la faible rentabilité des exploitations agricoles. Le producteur, après avoir dépensé une partie importante de ses ressources pour acheter de l’engrais et assurer le suivi de sa culture, se retrouve avec des recettes incapables de couvrir ses charges.

Les conséquences sont multiples :

  1. Endettement des producteurs : beaucoup ont contracté des crédits pour financer la campagne. Avec un prix aussi bas du maïs, le remboursement devient difficile.
  2. Baisse du revenu disponible : les producteurs disposent de moins de liquidités pour subvenir aux besoins essentiels (santé, éducation, logement).
  3. Découragement et désintérêt pour la production : face à la non-rentabilité, certains producteurs risquent de réduire leurs superficies cultivées lors des prochaines campagnes.
  4. Insécurité alimentaire : paradoxalement, bien que le maïs soit disponible, la faiblesse du prix fragilise le pouvoir d’achat des agriculteurs, compromettant leur capacité à diversifier leur alimentation.

Comparaison entre coût de production et prix de vente

Pour mieux comprendre la gravité de la situation, prenons un exemple simplifié. Supposons qu’un producteur utilise 2 sacs d’engrais NPK et 1 sac d’urée sur une superficie de 0,5 hectare de maïs. Cela représente déjà 54 000 FCFA en intrants (18 000 x 3). Si l’on ajoute les frais de sortie, la main-d’œuvre et d’autres charges, le coût de production grimpe facilement au-delà de 70 000 FCFA pour un demi-hectare.

Or, à 250 FCFA le bol, même avec une récolte abondante, il devient difficile d’atteindre une marge bénéficiaire raisonnable. La valeur ajoutée qui devrait revenir au producteur est ainsi compromise, au profit d’intermédiaires qui spéculeront probablement sur le maïs durant la période de soudure.

Les facteurs explicatifs de la chute des prix

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette tendance :

  • Abondance au début des récoltes : la forte arrivée du maïs sur les marchés entraîne mécaniquement une baisse des prix.
  • Faible capacité de stockage : les producteurs, dépourvus de greniers modernes ou de systèmes de conservation performants, sont obligés de vendre rapidement, souvent à vil prix.
  • Pouvoir de négociation limitée : isolés et peu organisés, les petits producteurs n’ont pas le poids nécessaire pour influencer les prix face aux commerçants et acheteurs grossistes.
  • Absence de régulation efficace : sans mécanismes publics de fixation ou de stabilisation des prix, le marché reste très volatil.

Conséquences à moyen et long terme

Si cette situation perdure, elle risque d’avoir des impacts structurels sur l’économie locale :

  • Réduction de la production agricole : moins d’incitations à produire, donc risque de baisse de l’offre future.
  • Exode rural : les jeunes, découragés par la faible rentabilité de l’agriculture, chercheront d’autres opportunités ailleurs, aggravant la désertification rurale.
  • Dépendance aux importations : une chute de la production nationale ouvre la voie à des importations coûteuses, mettant en péril la souveraineté alimentaire.

Quelles solutions envisager ?

Pour inverser cette tendance, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre :

  1. Renforcer les capacités de stockage afin de permettre aux producteurs de différer la vente et profiter de prix plus rémunérateurs.
  2. Faciliter l’accès au crédit agricole à des taux raisonnables pour réduire la pression financière immédiate.
  3. Mettre en place des prix planchers garantis par l’État pour protéger les producteurs contre les fluctuations excessives.
  4. Encourager la transformation locale du maïs (semoule, farine, provende) afin d’augmenter la valeur ajoutée.
  5. Renforcer les coopératives agricoles pour accroître le pouvoir de négociation des producteurs face aux commerçants.

Le prix du maïs fixé à 250 FCFA le bol de 2,5 Kg dans la région des Savanes au nord Togo reflète une réalité préoccupante pour les producteurs agricoles. Malgré des investissements importants, notamment dans l’achat d’engrais à 18 000 FCFA le sac, les revenus obtenus au début des récoltes demeurent insuffisants. Cette situation met en péril la viabilité économique des exploitations familiales, fragilise les conditions de vie des ménages ruraux et menace la sécurité alimentaire nationale.

« Il est urgent de mettre en place des politiques publiques et des initiatives communautaires capables de soutenir les producteurs, stabiliser les prix et valoriser le maïs comme ressource stratégique pour l’économie togolaise. Sans de telles mesures, la persistance de prix aussi bas risque d’affaiblir durablement la filière et d’accroître la pauvreté dans la région des Savanes ».

assetenakoura

0 commentaire sur “Savanes, Togo : le maïs à 250 FCFA le bol de 2,5kg au début de la récolte. Très compliqué !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *