Manioc : la plante d’avenir

Manioc : la plante d’avenir

Le manioc (ou cassava) est une racine tropicale devenue un pilier de l’alimentation en Afrique subsaharienne. En 2022, la production mondiale de manioc s’est élevée à 330 millions de tonnes, dont environ 66 % provenaient de l’Afrique subsaharienne. Plus de 500 millions de personnes dans le monde dépendent chaque jour de cette culture.

Utilité et importance alimentaire

  • Le manioc est la troisième source de glucides dans les régions tropicales, juste après le riz et le maïs.
  • Il pousse dans des sols pauvres, résiste à la sécheresse et peut être récolté de 6 mois jusqu’à 18 mois après plantation, offrant ainsi une grande flexibilité aux petits producteurs.
  • Il constitue un filet de sécurité alimentaire pour des millions de ménages ruraux.

Production : chiffres clés en Afrique

  • L’Afrique subsaharienne produit environ 146 millions de tonnes de manioc chaque année, soit plus de 60 % de la production mondiale.
  • En 2022, les plus gros producteurs africains étaient :
    • Nigeria : ~63,4 millions t (30,8 % de la production africaine)
    • République démocratique du Congo (RDC) : ~44 millions t (20,8 %)
    • Ghana : ~26,4 millions t (11,7 %)
    • Tanzanie, Cameroun, Côte d’Ivoire, Bénin, etc.

En RDC, la production est estimée entre 15 et 30 millions de tonnes, selon les sources, avec une consommation moyenne par habitant de 353 kg/an, la plus élevée au monde.

Faibles rendements vs potentiel élevé

  • Les rendements actuels en Afrique sont faibles, généralement entre 5 et 8 tonnes par hectare.
  • Pourtant, des pratiques améliorées pourraient permettre d’atteindre 40 à 60 t/ha

Utilisations et dérivés polyvalents

Le manioc est incroyablement polyvalent :

  • Consommation : racines fraîches, feuilles (légumes riches en protéines et vitamines), produits traditionnels comme gari, attieké.
  • Fufu, chikwangue, tapioca… en RDC, le manioc fournit plus de 60 % de l’énergie journalière.
  • Amidon, farine, alcool, bioéthanol, aliment bétail

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Opportunités économiques et commerciales

  • Substitution du blé :
    Au Nigeria, remplacer 15 % du blé importé par de la farine de manioc aurait économisé 408 millions USD en 2021.
  • Marché des biocarburants :
    Le manioc peut produire de l’éthanol utilisé comme carburant, solvant, en cosmétique, pharmacie ou spiritueux. Le marché de l’éthanol atteint 100 milliards USD en 2024
  • Marchés internationaux :
    En 2024, les exportations africaines ont atteint 81 000 tonnes, pour 20 millions USD, principalement exportées par la Tanzanie (66 000 t, 14 millions USD) et l’Ouganda (11 000 t, 2,9 millions USD).
  • Transformation industrielle et modernisation :
    Le développement d’usines automatisées, de traçabilité via blockchain, ou de fermes durables générant des crédits carbone sont en croissance
    Le Nigeria promeut l’incorporation de la farine de manioc dans le pain, et investit dans des centres de transformation. La Banque africaine de développement y voit une culture stratégique.

 Défis persistants

  • Pertes post-récolte très élevées : jusqu’à 40–50 %, faute d’infrastructures, stockage et transformation adéquats.
  • Accès limité aux variétés améliorées, intrants, engrais, laboratoires.
  • Maladies et parasites, comme le virus de la mosaïque (mosaic) ou les insectes (whitefly) qui réduisent les rendements.
  • Investissement élevé pour des usines modernes (coût estimé : 200 000–500 000 USD), un frein pour les entrepreneurs à petite échelle.

Pourquoi investir dans la filière manioc ?

  • Sécurité alimentaire : culture résistante, flexible, assurant la subsistance.
  • Potentiel de transformation locale : emplois pour les femmes et les jeunes ; opportunités dans chaque maillon de la chaîne.
  • Diversification économique : farine, amidon, bioéthanol, farine sans gluten, attiéké, etc.
  • Intégration régionale possible : comme substitut du blé, le manioc diminue la dépendance aux importations.
  • Tendance mondiale du sans gluten, valorisant la farine de manioc.

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En résumé ; le manioc est bien plus qu’un aliment de base en Afrique subsaharienne : une culture stratégique, source de sécurité alimentaire, de valeur industrielle, et d’opportunités entrepreneuriales. Pour les investisseurs, gouvernements et entrepreneurs, les leviers sont clairs :

  • Investir dans les variétés à haut rendement, la formation agricole, et l’agro-transformation locale.
  • Développer des infrastructures post-récolte et de stockage pour réduire les pertes.
  • Exploiter les marchés émergents : substitution des importations, bioéthanol, produits sans gluten, indications géographiques (comme attiéké).
  • Promouvoir l’inclusion des femmes et des jeunes dans la filière, moteur de croissance inclusive.

Avec des politiques appropriées et un appui technique, le manioc pourrait transformer des économies rurales en pôles de croissance durables et contribuer à l’essor agro-industriel de l’Afrique subsaharienne.

assetenakoura

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